Marion Bernès juillet 2020

84% des freelances confortés dans leur statut malgré la crise

Avec un nombre estimé à 1 028 000 en France (+ 92% en 10 ans)*, les freelances du numérique français ont été plus ou moins impactés par le confinement dans leurs missions selon leur métier. Déjà habitués au télétravail et agiles par nature, les freelances ont également plutôt bien vécu la période de confinement. Malt et BCG ont analysé les réponses d’un questionnaire envoyé aux 150 000 freelances français inscrits sur Malt, 1ère communauté de freelances en France.

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72% des freelances ont vu au moins une mission annulée…

Même si la majorité des freelances du numérique ont vu au moins une de leurs missions annulées à cause de la crise Covid-19, des différences sont tout de même à noter selon les métiers :
– Tech & Data (développeurs, data-scientists, DevOps…) : 55%
– Communication & Marketing (consultants webmarketing, chargés de communication, social media managers…) : 74%
– Fonctions support (administrateurs réseaux, assistants de gestion…) : 78%
– Business & Consulting (consultants stratégie, business developers…) : 79%
– Création (graphistes, directeurs artistiques, motion designers…) : 80%
– Gestion de projets (project managers, coach agiles…) : 85%

Ces disparités s’expliquent par la plus forte propension des métiers Tech & Data aux missions longues qui ont pu commencer avant le confinement et se poursuivre au domicile du freelance sans incidence sur la productivité. A contrario, plus habitués à traditionnellement travailler directement dans les bureaux des clients, les métiers créatifs et ceux de la gestion de projets ont naturellement été plus impactés.

… Mais qui ont globalement bien vécu le confinement et sont confiants pour le futur

Malgré cette baisse d’activité chez les freelances du numérique, la majorité ne se détournera pas du modèle du freelancing et restera indépendant : 84% affirment vouloir rester freelances et ne veulent pas retourner au salariat, contre 73% en 2018. Cette tendance est encore plus forte pour les métiers Tech & Data (89%) et les métiers Communication & Marketing (84%). 93% ont d’ailleurs déjà été salariés. 

Un optimisme qu’on peut relier à leurs aspirations de départ (ils évoquent à 63% la libre gestion de leur emploi du temps comme raison principale de leur indépendance) et leur confiance en l’avenir. En effet, avec l’explosion des projets numériques durant le confinement, la démocratisation massive du télétravail et le gel des recrutements, les entreprises auront plus de facilité à se tourner vers les freelances sur le moyen et long terme. 

Âgés en moyenne de 37 ans, 70% des freelances n’ont pas vu d’incidence du confinement sur leur productivité et 70% estiment que la communication avec leurs clients s’est “bien” ou “très bien” passée. Ils sont aussi à 78% à estimer avoir “bien” ou “très bien” vécu le confinement en termes de santé mentale.

Ce bien-être au travail assez élevé peut s’expliquer par leur usage régulier de méthodes de travail innovants et flexibles facilitant le travail avec leurs clients même dans des conditions de confinement et de télétravail forcé. 

60% des freelances Tech & Data déclarent appliquer la majorité du temps des méthodes agiles durant leurs missions. Un usage massif bien au-dessus de la moyenne des salariés facilitant l’autonomie et la prise de décision en équipe, même à distance. 

Aussi, les freelances estiment passer en moyenne 59% de leur temps de travail depuis leur domicile. Vient ensuite le travail dans les locaux des clients avec 28% du temps de travail en moyenne, avant le travail dans d’autres espaces à hauteur de 13% (coworkings, bureau privatif loué en leur nom…). Les freelances ont adopté depuis longtemps un modèle hybride favorisant un équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, sans sacrifier le contact direct avec leurs clients. Un modèle d’organisation qui se profile pour un grand nombre d’entreprises françaises pour les prochains mois. 

Enfin, si pour beaucoup de travailleurs le temps du confinement a aussi été celui de la formation, l’auto-formation était déjà une habitude déjà ancrée chez les freelances du numérique. Ils consacrent en moyenne 4 heures par semaine à se former, soit 10% de leur temps de travail. Ils sont 95% à plébisciter la formation par eux-mêmes via des articles, livres et vidéos. Vient ensuite la formation par les plateformes d’e-learning (51%) puis la formation via leurs pairs lors de meetups et conférences (23%).

« Bien que les freelances aient connu un ralentissement de leur activité ces derniers mois, nous avons observé avant la fin même du confinement la reprise des missions, notamment poussées par les entreprises qui souhaitent accélérer leurs projets de transformation digitale. Les entreprises sont en train de se rendre compte que ce sont des compétences et aptitudes des freelances dont elles ont plus que jamais besoin actuellement. »

Vincent Huguet, CEO et cofondateur – Malt

« Alors que les entreprises sont aujourd’hui amenées à accélérer leur transformation digitale, il y a beaucoup à apprendre des modes de fonctionnements et des attentes des freelances digitaux. En télétravail une grande partie de leur temps, adeptes des nouveaux modes de travail comme l’agile, ils consacrent près de 5h par semaine à développer leurs compétences. Une piste intéressante pour développer une culture digitale et de former l’interne sur les nouveaux modes de fonctionnement. » 

Vinciane Beauchene, directrice associée au BCG, experte des enjeux humains