2018-06-14T16:17:36+00:00 juin 2018|| |

Petite histoire du freelancing

 

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Le freelancing n’est pas nouveau, mais il est plus puissant que jamais.

En France, cela ne fait pas très longtemps que l’on parle des “freelances” pour désigner ces nouveaux indépendants qui se distinguent des professions libérales traditionnelles. Ils ne sont pas loin d’un million en France aujourd’hui. En dix ans, leur nombre a presque doublé. Il est donc tentant de voir dans le freelancing un phénomène émergent. Mais pour bien le comprendre, il faut remonter plus loin dans le passé, à l’époque où le “freelancing”, c’était la condition “normale” du travailleur.

Tout d’abord, un peu d’étymologie…

Le mot free-lance vient du mot anglais freelancer, dont on lit souvent qu’il a été créé par l’écrivain écossais Sir Walter Scott (1771-1832), à qui on doit les premiers romans de cape et d’épée. Dans Ivanhoé (1820), Scott appelle “free-lance” un guerrier mercenaire médiéval, qui vendait sa “force de combat” au seigneur qui payait le mieux. Aujourd’hui, c’est à la fois un adjectif, un verbe, un adverbe et un nom. En anglais, les freelancers, ce sont tous les travailleurs indépendants. En français, c’est encore un peu plus flou, comme le souligne Guillaume Ladvie dans cet article.

A l’origine tous les travailleurs (ou presque) étaient freelances

Dans le monde paysan du passé, les freelances s’appelaient journaliers. Ils étaient les ouvriers manuels qui louaient leur force de travail à la journée auprès d’un maître de domaine. La plupart des gens modestes (c’est-à-dire l’écrasante majorité des gens), petits paysans, artisans, pouvaient devenir journaliers de temps à autre, une fois leurs propres travaux effectués. Les journaliers travaillaient surtout à la campagne. Dans les villes ils pouvaient pratiquer plusieurs métiers, louant leurs bras à la journée, mais la vie était dure. Ils pouvaient glisser vers la mendicité ou la délinquance.

Même les “salariés” étaient freelances !

Et oui, le mot salaire n’a pas toujours eu le sens qu’on lui a donné au XXème siècle. Le mot “salaire” est tiré du mot latin “salarium” (sal voulant dire sel). Le sel était une denrée si précieuse qu’elle pouvait servir de monnaie, pour payer une partie de la solde des soldats de la Rome antique.

A l’origine, le “salariat” n’est donc pas associé à l’idée de stabilité et de sécurité ! Au contraire, il marque avant tout la libération des individus de la “sécurité” ultime que représentait le système féodal. Les salariés journaliers du passé n’avaient ni revenus fixes ni protections contre les risques critiques (maladie, accident, vieillesse). Ce n’est qu’au XXème siècle que le salariat a commencé à coïncider avec la notion de sécurité économique.

Puis le système Fordiste a donné un nouveau sens au salariat

Ce n’est qu’après la révolution industrielle, et surtout avec l’industrie automobile, que le salariat a changé de nature. Confrontées au défi de fidéliser des ouvriers fiables pour faire tourner leurs usines, les entreprises ont resserré les liens avec ces ouvriers. Les coûts de transaction associés à la gestion des journaliers étaient devenus assez élevés pour justifier d’internaliser les ressources humaines pour s’attacher leur force de travail.

Au début, le salariat Fordiste ne plaisait pas à tout le monde : les marxistes (et les syndicalistes) le voyaient comme une nouvelle forme d’esclavage. Si c’était surtout pour augmenter la productivité de ses usines que Ford avait décidé de mieux payer ses ouvriers, il s’est ensuite aperçu que les salaires élevés permettaient aussi de vendre plus de voitures !

Ainsi, le salariat est devenu dominant au XXème siècle, même lorsque, plus tard, l’essentiel des emplois n’étaient plus liés à l’industrie. On a créé des institutions pour le soutenir : éducation, protection sociale, crédit bancaire, vacances…

Mondialisation, révolution numérique et “revanche” du freelancing

A la fin du XXème siècle, le salariat était à son apogée, culminant en France à 90% de la population active. Les freelances étaient une minorité de marginaux qui avaient fait le choix de ne pas être salariés, soit parce qu’ils avaient un commerce ou une profession réglementée qui leur apportait d’autres formes de protections, soit parce qu’ils étaient artistes et voulaient rester libres.

Pourtant, avec le déclin des syndicats, la mondialisation, la financiarisation de l’économie, le salariat, longtemps dominant, a commencé à se dégrader : il a gardé ses contraintes habituelles (subordination) mais il s’accompagne moins souvent des contreparties Fordistes (sécurité, pouvoir d’achat). Si notre imaginaire collectif associe encore salariat à sécurité, la réalité est bien différente pour les nouveaux entrants (90% des emplois créés en France sont des CDD).

En France, le nombre des freelances a commencé à remonter autour de l’an 2000. En 2009, la création du statut auto-entrepreneur a provoqué une croissance spectaculaire du freelancing. Les nouveaux outils numériques ont contribué à accélérer cette croissance. Au départ, les freelances étaient surtout des ingénieurs, développeurs ou designers liés à l’économie numérique. Aujourd’hui ils appartiennent à des métiers de plus en plus divers.

D’après l’étude Malt Freelancing en France 2018, ces nouveaux freelances sont 88% à avoir choisi le freelancing. Pour eux, c’est la possibilité d’organiser leur emploi du temps librement, de choisir leurs missions et leur lieu de travail, mais aussi, souvent, de mieux gagner leur vie.

Et le futur du travail ?

Le salariat, dans sa version Fordiste ou dans sa version dégradée si courante aujourd’hui, ne disparaîtra pas demain. Les salariés resteront longtemps le groupe majoritaire. Mais les barrières à l’entrée dans le freelancing sont plus basses que jamais. Ce choix séduit toujours plus les travailleurs qui veulent autonomie, responsabilité et créativité au travail. Ils sont décidés à créer de nouvelles institutions, culture et valeurs. Ils changent les entreprises en profondeur. Grâce à eux, on ne travaillera plus comme avant.

Pour en savoir plus, téléchargez l’étude Malt Se transformer avec les freelances