2018-04-14T09:42:53+00:00 avril 2018|| |

Peut-on être freelance quand on est timide ?

Oui, bien sûr. Mais si la question est souvent posée, c’est que ça ne semble pas si évident. On présente souvent les freelances comme des professionnels “multi-casquettes” qui ne peuvent se contenter d’être remarquables dans leur domaine, mais doivent également savoir rayonner, nouer des liens, faire leur marketing, se “vendre”, networker sans cesse et gérer leurs affaires…

Là, où un salarié timide pourra plus facilement évacuer une fois pour toutes les situations de networking, d’entretiens, et de négociation, un freelance timide devra remettre le couvert à chaque nouvelle mission, et entre ses missions. Il est beaucoup plus difficile de se reposer sur ses lauriers quand on est freelance. Comment peut-on réussir une carrière de freelance quand tout ça n’a rien de naturel ? Comment se mettre en avant et gagner des contrats quand on doit lutter avec un sentiment d’insécurité permanent ?

La timidité, qu’est-ce que c’est ?

La timidité, c’est “une forte réserve, un repli sur soi, voire un sentiment d’insécurité, que certaines personnes expérimentent lorsqu’elles se trouvent au contact de leurs semblables, qu’elles parlent à d’autres personnes, ou leur demandent des faveurs” (Wikipedia). Lorsque cette réserve s’accompagne d’une angoisse telle que la personnalité s’en trouve modifiée, alors on parle de “timidité maladive”.

La timidité se manifeste en général dans les situations non familières, comme toutes ces situations professionnelles où l’on doit échanger avec des inconnus. Les timides ne peuvent profiter de ces situations pour se faire connaître et se mettre en avant. Il est rare qu’ils fassent des étincelles dans des situations où l’on est censé faire des rencontres aléatoires, comme les salons, les conférences, et les événements de networking. C’est pourquoi ils préfèrent le plus souvent éviter ces situations.

A priori, on pourrait imaginer que ces “situations non familières” sont plus fréquentes et nécessaires pour les travailleurs en freelance, obligés de cultiver un large réseau de prospects potentiels pour espérer avoir du travail demain. Mais la timidité est-elle vraiment un frein ? Et si le freelancing et le futur du travail offraient au contraire de nouvelles opportunités pour les timides ?

Voici 7 raisons pour lesquelles la timidité n’empêche pas d’être un excellent professionnel freelance :

1. Les timides préfèrent les liens forts et quand on les connaît, on leur fait confiance. Les timides ne ressentent pas nécessairement le même degré de timidité envers tout le monde. Il n’est pas rare qu’ils soient même très à l’aise, voire charismatiques, avec les personnes qui leur sont familières. Les timides ont besoin de plus de temps pour nouer des relations plus profondes et intimes. Or, ces relations sont plus solides et durables. Après tout, les relations superficielles ne sont pas souvent fructueuses du point de vue professionnel. Une vie professionnelle faite de relations solides et sincères est a priori bien supérieure. Si les timides parviennent à se construire une vie professionnelle faite de relations sincères, bingo ! Ils s’éloignent d’autant mieux des bullshit job, du bore out et de la crise de sens. Et on dit souvent que la confiance est le défi essentiel du futur du travail…

2. Les timides préfèrent être bien préparés quand ils doivent se mettre en scène. Du coup, ils sont meilleurs. Là où les personnes plus hardies n’ont pas forcément besoin de se “mettre en scène”, les timides apprennent à “répéter” et “jouer”. Un grand nombre d’acteurs brillants sont en fait des personnes timides. Ils savent faire montre de présence sur scène, mais peuvent être timides lors des interviews qui suivent leur prestation. Peu importe, on se souvient de leur présence et de la qualité de leur prestation professionnelle. C’est pour ça qu’on fera appel à eux pour des nouvelles missions.

3. Les timides savent mieux écouter, et on leur en est reconnaissant. Dans des situations peu familières, pour faire face aux inconnus, les timides préfèrent laisser parler. Or la plupart des gens adorent qu’on les écoute. C’est la meilleure forme de flatterie. Souvent, ils auront une impression très favorable de la personne qui les aura écoutés. Ils se feront un plaisir de leur laisser une carte de visite. Savoir être à l’écoute de son client, c’est un immense atout pour un freelance.

4. Lorsqu’ils évitent les situations de rencontres superficielles, les timides peuvent travailler. Rappelons que les plus grands entrepreneurs de l’histoire du numérique sont presque tous des grands timides, de Bill Gates à Mark Zuckerberg en passant par Elon Musk. Ils ont appris à faire du deep work leur plus grande force, car quand on ne sait pas faire du small talk, il faut se faire connaître par son travail. Dans le monde des freelances et des entrepreneurs, c’est certainement encore plus important de savoir faire du deep work : on n’est pas payé pour être présent au bureau, on est payé pour produire quelque chose !

5. La révolution numérique a favorisé les timides. Ils préfèrent souvent l’écrit. A bien des égards, internet, les outils collaboratifs comme Slack, et les réseaux sociaux ont redonné une place première à l’écrit. Qu’il s’agisse de langage informatique (le code, pour les devs) ou de langue écrite, nous sommes dans une civilisation de l’écrit. Nous lisons et nous écrivons plus que les générations pré-numériques, quoi qu’en disent les critiques. 

6. Avec le numérique, il est important de se créer un “persona” et les timides ont l’avantage. Il y a une grande différence entre le moi online et le moi offline. On connaît tous des timides en société qui sont des boute-en-train hyper présents sur les réseaux sociaux. Un persona (du latin persōna, “masque théâtral”, “personnage”) est un rôle social, un personnage que l’on joue comme un acteur. En ligne, nous avons tous une identité construite qui est différente de notre identité offline, parce que, forcément, toutes nos facettes ne sont pas représentées à l’identique online et offline. Or les timides ont tendance à exprimer online les facettes qu’ils ont plus de mal à exprimer offline. De plus, ils ont une approche plus professionnelle de la question (voir raison #2).

7. Les freelances timides ont trouvé des nouveaux agents numériques. Comme les acteurs (qui sont souvent des timides), les freelances timides bénéficient particulièrement de l’aide d’un agent, qui fait pour eux une partie du travail de mise en avant et de prospection. Jusqu’à l’avènement des réseaux sociaux et des plateformes numériques, c’était plutôt dans les milieux artistiques, que l’on pouvait bénéficier de cette aide-là. Aujourd’hui, les réseaux sociaux (LinkedIn, Instagram, etc.) et les plateformes comme Malt, démocratisent le travail des agents. Ces agents numériques facilitent la mise en avant et la prospection. C’est moins difficile de trouver des clients. (voir aussi raison #6).

Au fur et à mesure qu’un nombre de plus en plus grand de professionnels choisissent de devenir freelances (voir l’étude Malt-Ouishare sur le freelancing en France), on trouve un spectre de plus en plus large de profils et personnalités différents. Les qualités qui font un “bon” freelance ne sont innées pour personne. Elles résultent bien davantage d’un apprentissage que d’un trait de personnalité spécifique.

Les outils, les méthodes et les bonnes pratiques s’acquièrent. Ils sont nombreux. On peut choisir ceux qui fonctionnent le mieux avec sa personnalité. Et on a plus de chance d’en faire l’apprentissage quand on les met en pratique en étant freelance. Il n’y a pas une seule manière de networker, ni une seule manière de communiquer. Ce qui est sûr, c’est que la timidité s’accommode très bien du freelancing !

Photo : prise par Philippine Rollet, community developper pour Malt, lors d’un Aftermalt parisien.